Fédérer les marges : l’expérience de Bérurier Noir

Fédérer les marges : l’expérience de Bérurier Noir
Entretien avec François

Dans le monde francophone, quand on pense au punk, et pas seulement à ses liens avec la galaxie libertaire, le groupe Bérurier Noir (1983-1989), formé autour du duo Fanfan (François, chanteur) / Loran (guitariste) vient assez vite à l’esprit. Il faut dire qu’il s’agit aussi du seul groupe de punk français dont on puisse véritablement dire qu’il a côtoyé le succès, et cela d’une manière suffisamment durable pour qu’il ait eu l’occasion depuis de se reformer pour donner des concerts massifs. L’aura qui entoure le groupe tient notamment à son esthétique singulière et à la place qu’il a occupée dans la politisation de la jeunesse au cours des années 1980. Devenu progressivement un emblème de l’antiracisme et de l’antifascisme radical (avec des titres comme Salut à toi et Porcherie), il a même dû se doter d’un service d’ordre autogéré pour assurer la sécurité de son public, cible des attaques de l’extrême droite.

Mais ce n’est pas seulement pour retracer ce qu’auraient été les années héroïques du punk d’expression francophone que nous souhaitions nous entretenir avec ses membres. Plusieurs aspects de la trajectoire du groupe nous semblaient entrer en résonance avec les aspects du punk que nous voulions aborder dans ce numéro de Réfractions : la politisation, les rapports avec les milieux squat, autonomes et libertaires dans les années 1980, la recherche de l’indépendance artistique, le refus du star system et de la séparation spectaculaire avec le public qu’il implique, le rejet du système marchand qui les accompagne, et plus généralement une certaine éthique s’incarnant dans des manières de faire. Et comme il ne s’agissait pas seulement d’entendre à nouveau ce que les membres du groupe avaient déjà pu raconter par ailleurs1, nous voulions aussi les faire s’exprimer sur certains des enjeux qui avaient émergé lors de la préparation de ce numéro – notamment sur la nature du rapport avec le mouvement libertaire. Nous leur avions ainsi rappelé, en amont, l’existence d’une interview qu’ils avaient accordée à la revue libertaire lyonnaise IRL en 1988.

Pressés par le temps, nous n’avons pu conduire d’entretien qu’avec le seul François, mais contact est pris avec les autres Bérus (Loran, qui joue désormais dans le groupe punk breton Les Ramoneurs de Menhirs ; Masto, le saxophoniste du groupe ; PariA, qui s’occupe du label indépendant Folklore de la Zone Mondiale, publiant désormais les disques de groupe), et il y aura une suite !

Commençons si tu veux par réinscrire l’histoire du groupe dans ce premier moment punk, celui de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Est-ce que tu peux nous dire quelle place a eu la politique dans l’histoire du groupe ? J’ai l’impression qu’il y a eu un premier moment moins politique au tout début, et que c’est quelque chose qui s’est imposé au fur et à mesure, en raison du rapport avec des groupes ou des organisations, par exemple le mouvement squat, l’autonomie parisienne, des anarchistes et des antifascistes radicaux, et aussi de la confrontation avec les skins et les néo-nazis.

Il faudrait d’abord définir ce qu’était le groupe, parce que c’est une entité qui n’est pas évidente. Loran et moi, le duo de base qui va fonder Bérurier Noir à Paris, on est sur les débris d’un ancien groupe qui s’appelait Béruriers, qui lui était plutôt de coloration banlieusarde et apolitique, ou alors politique dans la provocation. Avec Olaf, qui était le guitariste des anciens Béruriers, on avait créé un petit journal de 4 pages qui s’appelait Foulard Noir, un truc « anarcho-punk-stalinien », complètement débile, où moi je représentais la branche anarchiste et lui la branche stalinienne, et on s’était partagé le magazine en deux. Ça fait partie de ces trucs psycho-dadaïstes, je ne sais pas comment on pourrait appeler ça, en tout cas il n’y a eu qu’un seul numéro, un numéro A, pour anarchie – c’était donc un one shot. Tout ça s’inscrivait dans toute une raïa de jeunes qui traînaient dans la rue entre 1977 et 1980 et qui étaient d’origines vraiment diverses – il y avait des prolétaires, des gars qui travaillaient à l’usine, des jeunes zonards SDF, il y avait des filles aussi, il y en avait d’autres aussi comme nous qui étaient des petits-bourgeois déclassés (moi au départ, j’étais dans un HLM, et lorsque ma mère a connu une ascension sociale vers une situation plus correcte, on a changé d’univers). Mais globalement, on était tous des rejetons de familles recomposées, ou de familles un peu problématiques, et tous ces gamins-là se retrouvaient à Paris, dans les magasins de disques, chez les libraires aussi, et là c’est un bazar politique foutraque. Tu as des mecs que l’on taxerait aujourd’hui de « nazi-punks », tu as des mecs qui sont juste dans le punk parce que c’est des fouteurs de merde, et puis il y a le look de chacun, à tomber par terre. Moi aussi je suis passé par là, on avait des looks hallucinants à 14 ans, on débarquait dans le métro avec des grosses lunettes de soudeur, avec des t-shirts à faire peur (christ renversés, croix gammée, portrait de Marx, insignes militaires…), les gens devaient se demander « d’où ils sortent, ces gamins ? ». Sur la question du politique, je dirais que la politique était partout, on était un peu comme dans Z de Costa Gavras avec de la délinquance, de la violence mais aussi une jeunesse déclassée cool (on s’appréciait chacun dans son style) qui se cherchait une identité et un destin (même s’il était No Future).

Et puis dans la rue, il y a eu très vite des confrontations (poursuites, bagarres de rue) avec les premières bandes de skins, aux Halles, la bande à Farid d’abord, et puis après d’autres bandes beaucoup plus politisées. Rémi Pépin raconte très bien ça dans Rebelles2. Le punk au départ, c’est des petits électrons libres qui se rassemblent. Loran faisait de la guitare dans les anciens Bérus parce que Pierrot, le guitariste d’origine, passait un très mauvais moment – parti au service militaire, il a déserté, il a été en hôpital psy, j’étais allé le voir dans un foyer pour jeunes toxicos, les gars avaient à peine 20 ans et tremblaient comme des papys de 50 ans, c’était terrible, destroy. Le duo de départ s’est construit sur quelque chose qui n’avait pas vocation à durer. On était dans la performance, en se disant « on fait un concert d’adieu aux anciens Bérus, parce que ça a représenté quelque chose », et puis là le duo VISA (pour Visuel Information Son Archive), un collectif de musique indépendante fondé par un anarchiste notoire, Thierry de Lavau (de Radio Libertaire) et Yves Carpentier, indéfinissable, a organisé le premier concert de Bérurier Noir le 19 février 1983 puis, dans la foulée, a aussi sorti la première cassette du groupe. On s’était fait jeter de partout, même des petits labels indépendants. Ils disaient : « c’est quoi ce truc-là, ils sont deux, avec une boîte à rythme, ça ressemble à rien, ça va pas se vendre, c’est complètement nihiliste ». VISA l’a fait, et c’est une cassette qui a eu sa petite heure de gloire, elle est encore en vente en vinyle, c’est un truc improbable. Je crois que la rencontre de ces deux duos, VISA et Bérurier Noir, a été capitale. J’imagine que l’on dégageait quelque chose de particulier. Sans VISA, nous n’aurions pas eu la même trajectoire.

Maintenant, pour te situer politiquement un peu les choses, il y avait cette structure, Pali Kao, qui était une association loi 1901, c’était pas du tout un squat, c’était un lieu dans le XXe arrondissement de Paris, qui a aujourd’hui disparu, avec une espèce de bail artistique, c’était un lieu d’avant-garde où se produisait aussi bien du théâtre Butō que des avant-gardes musicales ou poétiques, avec un des premiers concerts de Rita Mitsouko, et surtout, quand j’étais allé les voir à l’époque des anciens Bérus, ils m’avaient dit : « nous on ne veut pas de concert traditionnel, le rock on en a rien à péter, vous vous démerdez, vous faites une performance », du coup j’avais gardé ça dans la tête, et quand VISA a organisé le premier concert de Bérurier Noir, je suis venu avec une mallette pleine de masques, tout ça est bien connu, et on a développé une identité un peu étrange par rapport à ce qui se faisait – une boîte, une guitare, un chant, des chœurs et des masques, et une attitude sur scène.

Et côté politique on avait des gens qui venaient du milieu autonome, parce que c’était un peu la règle dans ces années-là. Par exemple, dans le service d’ordre (SO) de Pali Kao, on avait des mecs comme l’Apache – on ne sait pas trop comment ils ont tourné après, parce que c’étaient des mecs qui baignaient dans une certaine violence. Il y avait aussi Gérald Biot, qui quelques années après a monté « Rock à l’Usine »3. C’étaient des nerveux, ils avaient souvent affaire soit à des skins, soit à des jeunes un peu turbulents, donc ils en imposaient, mais à mon avis ils en imposaient un peu trop, et plus tard on a trouvé un compromis avec Béru en organisant notre SO. C’est difficile de raconter cette ambiance, parce que ça n’existe plus, et heureusement, mais c’était une ambiance à la Kebra, ou à la Margerin4 – je te braque, tu prends une claque. La rue était très masculine et zone de non droit. Tu allais à un concert, tu ne savais pas si t’allais rentrer dans la salle ni si t’allais pouvoir ressortir avec tes Doc aux pieds et ton blouson sur le dos et sans prendre des coups. En fait les organisateurs de tout ça (Thierry, Gérald, ou Dom qui allaient faire partie de notre SO plus tard) étaient des gens qui étaient déjà dans la politique, qui étaient un peu plus âgés – même un écart de trois ou quatre ans, avec nos âges, ça joue énormément. Nous, par rapport à ça, on avait un côté dada et décalé, on venait d’écoles d’art, et à l’époque, on s’est tous retrouvés, le groupe Guernica et Béru, au lycée Paul Valéry. Loran n’était pas loin puisqu’il était au lycée Decroly, un établissement expérimental. On était tous dans des sections d’art, un peu comme les Sex Pistols à un moment donné, ou d’autres groupes punks américains ou anglo-saxons, on voit qu’à un moment il y a pas mal de jeunes qui sont issus de sections d’art et qui se placent sur ce champ des musiques radicales (punk mais aussi rock industriel, dub…). Mais la politique était déjà ancrée assez tôt en nous, par l’environnement social.

Et par la réception de ce qui se faisait dans le mouvement anglo-saxon ?

Au début non. Moi, ma première véritable connexion politique, c’est le communisme, j’ai adhéré aux Jeunesses communistes, un peu par hasard, parce que j’avais un copain, ses parents étaient à gauche, on a été à la fête d’Avant-garde à Ivry en 19765, et puis on nous a invités à une réunion rue du Rendez-vous, près de la place de la Nation, et là ça parlait que de plus-value, moi j’avais mon badge RAF, ils m’appelaient « le rocker », et puis j’ai dit « mais elles sont où les armes ? Quand est-ce qu’on fait le coup de force ? ». Mon activité politique se résumait à faire du porte à porte dans les cités du XIIe arrondissement et à vendre Avant-Garde Hebdo dans la rue. Bref, un an après peut-être, j’ai déchiré ma carte en disant « non mais c’est n’importe quoi ça, ça va pas ». C’était l’époque des Brigades rouges, de la Bande à Baader, avec l’affaire Schleyer6, c’était impressionnant, parce que dans ces groupes il y avait des nanas. On a baigné là-dedans. Avant cela, à Paul Valéry, j’avais eu des actions peu recommandables avec des copains de classe, ce lycée était très politisé avec bastons de l’extrême droite contre l’extrême gauche à mon arrivée en 6e en septembre 1974. Mon premier acte de propagandiste d’assaut vers onze, douze ans fut de couvrir de A cerclés à la bombe les murs des alentours de Paul Valéry. À l’époque, il y avait aussi Bazooka Production, qui diffusait sa « dictature graphique » punk : ils avaient fait des trucs pas très finauds dans Libération, sur le gars qui était mort à Creys-Malville7 en inscrivant « con mort », mais qui nous amusaient énormément parce que ça cassait le truc des babacools.

Et puis il y avait tout le côté autonome, avec tout ce qui se passait comme manifs en 1977 (défilé du premier mai), 1978 (contre la marée noire, contre les violences policières déjà). Il y a eu la grosse manif du 23 mars 1979 avec les sidérurgistes, où j’étais allé et qui m’a un peu dégoûté parce que j’ai vu en direct la violence, avec des hordes d’autonomes qui couraient après un pauvre flic de la circulation, qui avait lâché son képi et courait comme un dératé, poursuivi par des oufs avec des barres de fer. J’étais tout petit, j’avais 15 ans, je suis passé entre les gouttes, et je me suis faufilé pour me barrer parce que ça cassait dans tous les sens.

Je me sentais beaucoup mieux dans les librairies. Loran et Masto ont des parcours assez différents je pense, mais moi j’allais dans toutes les librairies alternatives qui existaient. J’habitais chez ma mère à Porte Dorée, ma grand-mère était vers le métro Daumesnil, et là il y avait une grande librairie alternative qui était sur la rue de Reuilly, qui après a été incendiée, lors d’un attentat fasciste, c’était le genre un peu librairie Jonas dans le XIIIe, une librairie générale mais avec un fort focus sur les trucs alternatifs, un peu comme la librairie Parallèles aussi. Je suis venu à m’intéresser à l’anarchie en allant dans les librairies, j’allais souvent à Publico, j’achetais des bouquins, des brochures comme Volonté Anarchiste, les écrits de Malatesta, des choses comme ça – cette documentation est dans mon fonds à la Bibliothèque Nationale aujourd’hui. Il y avait des trucs supers intéressants, pas chers, donc j’ai acheté ou récupéré pas mal de brochures, même des revues, par exemple la Rivista Anarchica italienne ou celle du CDA (Centro documentazione anarchica) ou encore du CPCA (Centre de propagande et de culture anarchiste), parce qu’ils avaient des belles couvertures, je récupérais du matos comme ça quand je voyais des choses intéressantes. Et puis il y avait une autre petite librairie intitulée Imagine, rue de Lappe, qui a disparu complètement, et qui était tenue par un vieil anarchiste barbu – enfin c’est comme ça qu’on le percevait à l’époque8, c’était une sorte de patriarche – et j’ai acheté chez lui Tribune anarchiste communiste, TAC, qu’on trouve maintenant dans les archives des autonomies9. Et puis les revues Camarades et Marge, je sais plus où je les achetais. Bref, je m’intéressais beaucoup à l’écrit. Il y avait une connexion qui passait intellectuellement par Antonin Artaud, mais c’était ni plus ni moins que du fanzine DIY avec du contenu, et qui n’était pas du tout disponible dans d’autres lieux. Toute la presse qu’on lit et qu’on promotionne à l’époque de Bérurier Noir, est signalée dans le maxi Ils veulent nous tuer10, et ça va de la revue Nitassinan, de défense des Indiens d’Amérique, à la revue Venceremos sur les prisons et passant par les recueils de presse thématiques Nuit Calines.

Et tu dirais que ce lien avec l’anarchisme et avec son imaginaire, c’est quelque chose qui était spécifique à Béru ?

Non, il y avait déjà des bandes, je pense à la bande de copains qui étaient partis squatter à Londres, la bande de Mohand et Pilon, au départ ils étaient dans un squat dans le XVe, et après on les retrouve à Londres, à Portobello. Ils étaient sur des problématiques comme les groupes The Ex (d’Amsterdam) ou Crass ou encore Crisis, donc sur du militantisme, et pour eux le côté politique était vachement important. Ils écoutaient aussi du hardcore et du punk américain, mais c’était toujours des textes intéressants. Loran a beaucoup été marqué par Crass. Moi aussi, mais j’avais un fond rock’n’roll qui était plus basique (de Eddie Cochran aux Heartbreakers), tourné vers l’Angleterre ou New York.

Quoi qu’il en soit, la musique a joué un grand rôle, c’est sûr, en tant que vecteur d’idées, et d’ailleurs pas toujours dans le bon sens. Les fachos des années 80 ont compris que c’était un très bon vecteur pour rassembler des jeunes et leur raconter des histoires. On peine à l’imaginer aujourd’hui, mais il y avait aussi ça, on a même connu un black avec un tatouage white power… Mais c’étaient des voyous en fait, et eux ils étaient craignos. Dans la première bande de skins, celle de Farid, l’un de ses lieutenants s’était mis en tête de me recruter, je traînais à Music Box11, j’avais une petite banane, il me dit « vas-y, coupe ta banane, mets un bomber et rejoins-nous, on est allés voir Sham12 en Angleterre, c’est le nouveau mouvement, rase-toi la tête et puis voilà », mais je voulais rester totalement indépendant, pas rentrer dans une bande. Bref, dans la bande à Farid, il y avait un juif, il y avait des métisses, plein de mecs qui étaient juste des déclassés, c’étaient pas les identitaires, c’était juste une bande de racailles habillées en skins, Fred Perry, bombers et bretelles, de quoi foutre la trouille. Farid est d’origine maghrébine, il s’est bien exprimé là-dessus, il a fait une émission de radio que j’ai trouvée vachement honnête, où il a parlé de cette période13. Lui il a changé après, dans le bon sens, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Donc c’est mitigé, il y a de la découverte et du danger, on est imprégné de l’époque et de tout ce qui se passe autour de nous (le quartier des Halles en chantier, la drogue, la prostitution, la zone en plein Paris).

Et donc la politisation plus explicite, elle arrive plus tard ? En fait, on a l’impression que ça a été le cas aussi dans le reste du mouvement punk, avec une première vague qui se fait vite digérer, et ensuite une deuxième vague, lorsque Crass lance « punk is dead », pour dénoncer cette récupération par le système.

Loran pourrait t’en parler, il a été très marqué par Crass, qui disait « we are Crass, not Clash », parce que Clash, c’était le mainstream, le business, c’était la maison de disques CBS – donc Crass avait raison parce que Clash s’est perdu à un moment donné. Mais en fait, cette histoire de vague, c’est plus compliqué que ça, parce qu’il y a d’abord une première vague qui met de l’eau dans son vin, y compris musicalement, et qui devient post-punk, new wave (par exemple Siouxsie14), et ensuite une deuxième vague devient plus street punk – c’est là où l’on voit apparaître les crêtes, les blousons cloutés, les Doc, les A anarchistes. Il y a toute une imagerie anarchiste, mais qui est encore différente de celle de Crass, parce que Crass est sur des problématiques vraiment militantes, un peu avant-gardistes, alors que les autres restent encore sur la première vague provocatrice représentée par des groupes comme Exploited, le punk lourdaud, le punk de base qui boit de la bière et qui se bastonne, sans voir plus loin que ça, et puis qui a un look, qui devient un uniforme – et ça, c’est la deuxième vague de punk, entre 1982 et 1990, celle qui persiste dans le folklore touristique anglais. Cette vague est quand même intéressante, parce qu’il y a des labels indépendants qui se sont créés, comme Riot City Records15, et puis des groupes comme The Partisans qui dénoncent le système et les violences policières.

C’est plus le cri de la jeunesse, et là se raccrochent la Oi ! music, et puis après tout ce qui tourne autour de l’ancien groupe punk Skrewdriver, qui devient le leader des néo-nazis anglais et allemands à travers le réseau Blood & Honor. Tout ça, c’est des trucs à étudier, même si c’est hyper craignos car il y aurait beaucoup à dire sur les trajectoires de ces jeunes. On peut ainsi constater que le mouvement punk se divise entre des punks anars militants du type Crass, une seconde vague street punk, et puis le rock against communism de Skrewdriver, qui est juste une étiquette pour des néo-nazis, et puis les mouvements post-punks ou pop-punk et puis ska, qui deviennent plus mainstream, qui cherchent en fait à faire de l’audience auprès du grand public, comme Clash, Boomtown Rats ou The Jam, les Specials, Selecter et Madness pour le ska… En fait, il y a vraiment de tout. Côté américain, c’est pareil, entre le groupe Suicide, avec le duo Alan Vega et Martin Rev, qui ont un côté anar (même si Alan Vega était très friendly, pas du tout le mec violent et dangereux qu’il donnait à voir sur scène, dans la confrontation), et puis les Ramones, qui étaient un ramassis d’âmes perdues, avec des idées pas forcément très très claires. C’est difficile de catégoriser le punk et de voir la place qu’a pris l’anarchisme dedans. Je pense que nous, on a pas mal aidé, à un moment donné, à réinscrire ça dans des problématiques de luttes ou des problématiques sociales, par l’intermédiaire du texte et de ce qu’on présentait scéniquement.

En 1988, on a fait ce 45 tours de soutien à la revue Noir et Rouge, on avait pas mal de dessinateurs aussi qui étaient dans la mouvance anarpunk, comme Gil, Tapage nocturne, qui étaient tout le temps sur les concerts Béru, donc on a fait ce truc-là avec Haine Brigade, la reprise de Makhnovtchina, qui a été fait un peu à l’arrache mais qui était quand même pas mal. Et puis de l’autre côté, moi j’avais commencé à m’intéresser fortement à l’Asie et à ses avant-gardes artistiques depuis assez longtemps, on le voit avec L’empereur Tomato Ketchup, et même avant, et on a eu l’idée de faire un 45 tours alternatif en soutien aux réfugiés indochinois, Opération Sampan. Il y avait une opération grand public de type Band Aid, avec un Maxi 45 tours où ils voulaient qu’on joue dedans, mais on a dit non. On a fait notre galette et on a versé les sous pour les associations d’aide aux réfugiés du sud-est asiatique, on a fait un truc complètement indépendant, et donc on a sorti simultanément deux options complètement différentes cette année-là.

Mais pour revenir au rapport entre punk et anarchie, en France, c’est aussi lié aux squats…

Oui, d’ailleurs nous, au départ, les anciens Bérus, et ensuite Bérurier Noir, on était assez proches des gens qu’on appelait la Commune des Couronnes, rue des Couronnes (Pali Kao était à côté, et aussi le squat des Vilains, dans la rue Vilin), et eux ils s’affichaient, drapeau noir aux fenêtres. En face, il y avait une cité ouvrière, donc quand tu passais, il y avait des vieux immeubles avec des drapeaux noirs, avec un bar qui s’appelait Le Mal Famé, où tu avais toute l’imagerie anar, le chat noir, et des barres d’immeubles. Avec Olaf, on a essayé de monter un squat dans ce coin-là, mais c’était un peu la guerre des squats, c’était trop occupé. Il y avait un pote qui s’appelait Mickey, qui est décédé maintenant, un punk anar qui écoutait Discharge, donc des trucs encore plus durs que Crass, et avec lui, on a monté le squat de Botzaris, qui se voulait punk, anar, on n’était pas végans ni complètement straight edge, mais c’était « pas de drogues » (bon, il y avait de la fumette), pas trop d’alcool, et il y avait des filles quasiment à parité. On avait repéré une baraque qui appartenait au consulat de Tunisie en face des Buttes Chaumont, et dont on ne pouvait pas nous déloger parce qu’il aurait fallu je ne sais quelle autorisation extraterritoriale. On avait chacun une piaule, mais on faisait la cuisine ensemble, c’était un peu communautaire.

Ça n’a pas duré très longtemps. Le problème qui s’est vite posé, c’est qu’il y a eu des règlements de comptes violents inter-squatteurs. Les flics avaient des antennes dans d’autres squats, et des mecs sont venus faire des règlements de comptes, et là s’est posée la question d’avoir des armes, et pour moi il était hors de question de dormir avec une barre de fer ou un flingue sous l’oreiller, donc je suis parti. J’étais là quand il y a eu cette baston, qui aurait pu très mal finir, et d’ailleurs, le gars qui avait manigancé tout ça est mort peu après, il s’est pris deux balles au squat de Cascades et on l’a retrouvé avec quatre passeports différents, c’était une balance qui servait les flics, un indic. On s’est dit que les flics se doutaient des conneries qu’on faisait, mais comme ils ne pouvaient pas nous serrer, ils ont essayé de faire rentrer l’embrouille par un autre biais. En tout, j’ai dû rester deux ou trois mois là-bas pendant l’été 1982. Je me souviens qu’on y a fait une répète avec Schulz, le guitariste de Parabellum, il y avait un autre gars qui s’appelait Riton, qui s’est suicidé après, et puis aussi deux nanas, deux frangines qui étaient assez fortes en gueule, mais c’était respectueux entre garçons et filles. Il y avait juste un gars qui posait problème, il tapait sa nana quand il picolait, on essayait de gérer ça ensemble, il jurait qu’il ne recommencerait pas… Mais à part ça, c’était assez cool. Bon, Mickey, c’était un peu le chef, et il mettait sa sono avec Discharge à fond à 14h au réveil, sauf que nous on se couchait à 5h, donc ça dérangeait quand même du monde, d’autant que les murs étaient fins… Je suis allé plus tard à l’Usine à Montreuil mais comme je bossais le jour au BHV c’était compliqué, ma piaule étant à côté de la cuisine. Pour ainsi dire, mon expérience des squats a été courte et plutôt catastrophique.

Et qu’est-ce qui, dans votre pratique musicale, pourrait se rapporter à l’anarchisme, non pas comme un répertoire culturel ou un corps de doctrine, mais plutôt comme une manière de faire, de se passer de l’autorité, de fonctionner d’une manière alternative ?

Ça, on l’a fait après, avec la création du label. Au départ d’ailleurs, ce n’est pas exactement nous. Ceux qui nous ont mis le pied à l’étrier, c’est VISA, avec Thierry et Yves, qui eux développaient véritablement une identité alternative et sortaient des groupes absolument improbables, et ça marchait bien. Ils organisaient beaucoup de concerts. Et puis après, il y a eu Jean-Yves Prieur, qui jouait dans le groupe The Brigades et qui a ensuite fait des trucs sous le nom de Kid Loco. Il avait un profil assez politique, dans le genre communist rock comme Clash, et il a d’abord créé Rock Radical Records, puis Bondage Records, avec un autre gars qui n’avait rien à voir avec l’anarchie, mais qui était une sorte de mécène, Philippe B., qui vendait des disques vinyles pirates et qui avec cette thune a aidé à monter le label. Et donc c’est comme ça qu’on a sorti notre premier 45 tours. Pour nous, c’était un moyen d’être complètement autonomes, indépendants. La distribution, c’était New Rose : quand Music Box a fermé, Patrick Mathé et Louis Thévenon ont ouvert ce nouveau magasin puis fait de la distribution. À Paris, c’était facile, tu avais ta galette, tu allais voir Patrick et Louis, eux ils prenaient 10 ou 20 exemplaires, et puis après tu distribuais dans les concerts, c’était des tirages de 500-1000, c’était déjà inespéré : nous le premier 45 tours, c’est 500 exemplaires, le deuxième c’est 700. Ça partait très vite, mais ce n’était pas repressé, on a attendu des années avant que ça le soit, parce que les prix devenaient trop chers.

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Par la suite, chez Bondage, ils se sont mis en tête d’avoir une boutique, l’idée n’était pas forcément mauvaise, mais ils retombaient dans un système de business, donc ça ne nous a pas du tout plu, et on a commencé à avoir les premières frictions avec le label. À partir de 1987, ça commence à sentir le roussi. Tout ça est marqué par des épisodes plutôt « glorieux », la Mutualité en 1986, il y a le Zénith en 1988, des gros concerts qui rassemblent énormément de jeunes. Notre politique dans le circuit indépendant, c’était d’être auto-produits, en distribution indépendante (via New Rose) et d’avoir notre service d’ordre. Il y avait des skins qui avaient l’habitude de venir embrouiller notre public, donc on s’est dit que désormais, on allait se déplacer avec notre SO, et qu’au lieu d’avoir des gros gugusses de la sécurité qui mettent des claques dans le public, on ferait le contraire, le public, on le protégerait. Le SO était partagé entre les « rouges » et les « noirs » : avec Dom, tous les libertaires, dont certains farfelus, et puis il y avait les Redskins (Julien, Arnaud) qui allaient au fight avec les fafs (par exemple en 1988 quand on a joué à la Bourse du travail de Lyon). On se sentait un peu obligés de protéger le public, c’était une forme d’auto-défense. Notre SO a permis de canaliser la violence et de permettre le déroulement des concerts dans une ambiance festive et radicale.

Mais c’est aussi qu’à cette époque, le groupe commence à avoir une grosse audience, et devient une cible pour l’extrême droite, non ?

En fait, à la fin de l’année 1985, on sort le maxi avec Salut à toi, et toute l’année 1986, on fait des grosses tournées, et là ça devient un peu un phénomène, les médias se mettent dessus, Actuel, Best, tout ça, avec de grosses interviews, ça explose. Et se rajoute là-dessus la sortie du 45 tours L’empereur Tomato Ketchup en décembre 1986, et là c’est la radio NRJ qui nous programme. On leur chie dessus, mais en même temps ils nous invitent en direct à l’antenne, donc on y va, et on passe Boris Vian, Conflict, Crass et des trucs qu’ils n’écoutent jamais, on leur fait une bande son, on pirate l’antenne, mais avec leur consentement, c’était cool. Mais on voit aussi à cette occasion que le public est en train de changer. Quand on est arrivé à NRJ, on a vu qu’il y avait des petites nanas qui attendaient à la porte, « c’est quoi ce truc ? », nous on était habitués à voir des punks bourrés qui venaient à nos concerts, et désormais on avait plein de petites nanas lookées Doc et badges Bérus, et qui venaient découvrir sur scène un groupe qui leur plaisait. Ça n’a pas plu à l’ancienne génération, qui a dit « les Bérus, c’est mainstream, trop populaire », et d’un autre côté, on s’est doté du fameux SO, et je pense que sans ça, on n’aurait pas duré, c’était trop dur, on était trop agressés par des fafs parce qu’on était devenus la cible n° 1, avec des titres comme Porcherie. Ils détestaient fondamentalement tout ce qu’on pouvait représenter, le cirque, les marginaux, une forme d’antifascisme radical, des gens ouvrent leur gueule.

Avec cette ambivalence (qu’on voit bien dans l’interview d’IRL16) que certains skins ont quand même vu des trucs qui les intéressaient dans notre façon de faire, sans doute en lien avec la violence qui s’en dégageait, et moi des années plus tard ça m’a fait me poser des questions, par exemple en regardant le concert de Québec en 2004, où il y avait 50 000 personnes, qui est un de nos plus gros concerts, je me dis, on est quand même un groupe de mecs, avec la testostérone que ça dégage, j’ai dit à PariA17, putain maintenant, je peux plus faire ça, l’époque a changé, on dégage un truc, c’est lourd. Ça dégage une violence quelque part, ça peut mettre mal à l’aise, je comprends les gens qui pourraient être gênés par ça, qui ne se reconnaissent pas dedans, pour telle ou telle raison. En même temps, on est faits comme ça, on est nés comme ça, on a grandi comme ça. Moi, j’ai vraiment eu une rupture quand j’ai joué en 2020 avec Mansfield.TYA, où là on a fait des concerts bienveillants, c’est un duo de nanas, donc déjà ça change tout, milieu queer etc., et je me suis dit, je n’ai jamais vu ça, un concert où les gens sont cools sans rapport de force.

Mais même dans le punk, ça a changé quand même, ces dernières années, ce n’est plus les concerts avec des gros mecs bourrés qui se tapent ; ça remue, mais c’est bienveillant.

Historiquement, ce qui a changé la donne, c’est le mouvement Riot Grrrls, quand les filles ont dit : maintenant les mecs, vous nous laissez la place, vous dégagez, parce que là on est collées, on ne peut rien faire, c’était important. Il y a sans doute eu une prise de conscience à ce niveau-là, sur comment on circule, comment on fait attention aux autres dans un concert, le respect avant tout. Cela dit, nous, les concerts Béru, ça a toujours été bienveillant, dans le sens où on a toujours eu un public bigarré, mixte, métissé, et nous, notre ambition, c’était quand même la solidarité, c’est-à-dire que les gens passent un moment où ils se sentent solidaires entre eux. On récupère les marges, mais on les solidarise, on essaie de voir si elles peuvent être intéressées par tel ou tel truc, on tente de les intéresser, de leur donner un bagage intellectuel que peut-être elles ne trouveraient pas ailleurs, sans aucune prétention, vu qu’en face c’étaient des gamins qui avaient notre âge, donc on était au même niveau. Plus tard, quand on a joué au Québec, là on était des grands frères. Mais il faut voir qu’à 25 ans, on avait terminé Béru, et à cette époque, le public, c’était nous. Et ça, c’était visible au niveau de l’authenticité et de l’énergie.

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En revanche, à la fin, on n’en pouvait plus, on tournait en rond, et donc soit on changeait de style, soit on faisait autre chose. La fin, la dernière année, 1989, elle a tourné au vinaigre.

Déjà, on était en très mauvais termes avec notre label, il y a eu un procès. On s’est demandé ce qu’on allait faire après : est-ce qu’on monte une troupe anarcho-circus, où on s’autogère, ou bien est-ce qu’on fait un truc électro, retour au duo de base ?

La question s’est posée, mais il n’y a pas eu de réponse. J’avais lu un bouquin, très longtemps avant, qui s’appelait Autodissolution des avant-gardes18, qui était une compilation sur la fin des avant-gardes, et je trouvais ça intéressant : à un moment donné, quand tu n’as plus l’énergie ou quand tu penses que ta parole ne va plus être authentique, il vaut mieux se saborder. C’est aussi ce qu’a fait Crass – c’est aussi ce qu’a fait la RAF en 1998 (rires). C’est ce qu’ont fait Dada, tous les mouvements de ce genre, et c’était rigolo de s’inscrire là-dedans, dans une démarche artistique.

Une question sur les thématiques qui étaient les vôtres dans les chansons. Tu parlais tout à l’heure de solidariser les marges, il y avait aussi l’antifascisme, avec un morceau comme Porcherie, ou l’antiracisme avec Salut à toi, peut-être aussi l’anticapitalisme, mais il semble que des thèmes qu’on trouve davantage dans le punk anglo-saxon, autour de la cause animale, de la pollution, de la société industrielle, du nucléaire etc., on les trouve moins dans le punk français.

Alors nous, on a été approchés très tôt par une nana du Front de libération des animaux, sans doute dès 1984, quand on a fait le disque Nada 84, avec la pochette où il y avait Bloody, un singe qui avait été libéré d’un laboratoire et que Helno19 avait recueilli. Donc il y a eu ce lien, je me souviens de cette nana, qui était hyper déterminée, elle voulait vraiment qu’on défende la cause animale. Bon, je pense qu’à l’époque, Loran, il mangeait un peu trop de cochonnailles, après il est devenu complètement végan, mais à l’époque pas du tout. Le plus végan et lait de soja, c’était moi, je faisais du karaté, donc j’étais plus dans une optique « manger des graines » que « manger de la barbaque ». Non, on n’avait pas une conscience très développée à ce niveau-là, mais ça nous a marqués cette idée de l’enfermement des animaux, il y a des bouts de textes dans nos chansons, sur l’élevage en batterie dans Porcherie par exemple, je ne vais pas faire l’exégèse de ce que j’ai écrit, mais il y a des éléments. Sur le nucléaire par contre, pas tant que ça, je ne sais pas si c’est lié à ce qu’avait fait Bazooka sur Malville, le fait qu’on trouvait que c’était trop baba l’opposition au nucléaire, et puis Tchernobyl, pour nous, c’était destroy, on savait qu’on nous avait menti là-dessus, mais comme sur le reste, et on ne se représentait pas du tout la dimension hyper toxique de la chose. Par contre, le végétarisme, via le hardcore straight edge, ça nous parlait un peu, à l’époque de notre squat, notamment pour tout ce qui touchait à l’exclusion des drogues.

Quant à l’anticapitalisme, ce n’était pas un terme qu’on employait, mais c’était véhiculé par toute la mouvance autonome ou post-autonome, les revues Quilombo, Mordicus, liées à l’ultra-gauche. On voit ça dans le documentaire de Philippe Roizès, Lutter… Ici et maintenant (2013), on y croise plein de potes, Aris par exemple, qui a fait ensuite samizdat.net, et puis tout le truc autour du revenu garanti, les luttes du mouvement squat. Mais le mot même d’anticapitalisme n’était pas tellement prononcé comme il l’est maintenant.

Est-ce qu’il n’y avait pas aussi une méfiance à l’encontre de l’idéologie, qu’on voit bien dans l’interview avec IRL en 1988 ?

Oui, bien sûr. On voulait éviter d’être mis dans une boîte. C’est pour ça qu’on se disait plus libertaire que quoi que ce soit en -iste. Même la Fédération anarchiste au départ, je me souviens d’en avoir discuté avec mon père, et je disais, comme un idiot d’adolescent, pourquoi fédérer un truc infédérable ? Mais bon, dans notre anarchie, il y avait aussi bien des gens comme Makhno que Geronimo, et puis des Irlandais, des Basques, c’était un large spectre. On voit bien dans le documentaire de Tancrède Ramonet que c’est un spectre très large – et je nous rapprocherais plutôt des Provos d’Amsterdam, avec le côté happening, le côté squat, le côté dérangé, et quand même politique puisqu’on soutenait aussi bien les manifs de chômeurs que réfractaires au service militaire. Pour finir, on pourrait dire que les Bérus à travers leur pratique alternative sur un septennat ont expérimenté une forme d’activisme proche de l’anarchie (solidariser la jeunesse et la conscientiser sur le fonctionnement des gouvernements et leurs injustices) avec ses bons et mauvais côtés, ses rêves et ses limites.

Entretien réalisé à Lyon avec Jean-Christophe Angaut, juillet 2023

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  1. Voir par exemple cette « égo-histoire culturelle » qu’on doit à François : https://journals.openedition.org/volume/4928  

  2. Rémi Pépin, Rebelles [2007], réédition augmentée, Archives de la Zone Mondiale, 2019. Rémi Pépin était le bassiste du groupe Guernica.  

  3. Du nom du squat L’Usine, situé rue Kléber à Montreuil, où furent organisés des concerts.  

  4. Kebra (verlan de « braque », dingue, ou de « braquer ») est un personnage de bande dessinée inventé par les auteurs Tramber et Jano. C’est un rat anthropomorphe au look de loubard se livrant à toutes sortes d’exactions. Franck Margerin est le créateur du personnage de BD Lucien, rocker rebelle portant banane et rouflaquettes. 

  5. Avant-Garde était la revue du MJCF. Pour un témoignage filmé de la fête d’Avant-garde en 1976, voir https://www.cineam.asso.fr/films-fête-d-avant-garde-à-ivry-jeunesse-communiste-697-952-0-1.html.  

  6. Hanss-Martin Schleyer, représentant du patronat allemand, ancien SS, enlevé et exécuté en 1977 par la Fraction Armée Rouge.  

  7. Il s’agit de Vital Michalon, jeune enseignant tué par une grenade de la police lors de la manifestation antinucléaire du 31 juillet 1977 à Creys-Malville.  

  8. Jean-Charles Cannone, qui tenait la librairie en question (qui fut détruite par un attentat d’extrême-droite), n’avait en fait que 30 ans à l’époque (1979-1981). Voir sa biographie : https://maitron.fr/spip.php?article155384  

  9. Voir le site https://archivesautonomies.org 

  10. Voir: https://archives.zonemondiale.fr/products/berurier-noir-ils-veulent-nous-tuer  

  11. Sur ce magasin fondé en 1977 rue Saint-Sulpice à Paris, voir https://fanxoa.archivesdelazonemondiale.fr/music-box-1977-1979/  

  12. Sham 69, groupe pionnier du Oi Punk, aux solides convictions de gauche mais dont les fans, regroupés en une Sham Army, agressaient les punks et finirent par être infiltrés par l’extrême-droite.  

  13. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/farid-premier-skinhead-de-france-2545567  

  14. Siouxsie Sioux, chanteuse du groupe Siouxsie and The Banshees.  

  15. Label actif à Bristol entre 1980 et 1988.  

  16. Allusion à l’interview accordée par le groupe à la revue lyonnaiseIRL, dont il est question dans l’introduction de cet entretien (n° 76, février-mars 1988, p. 7-12).  

  17. Qui gère le label indépendant Archives de la Zone Mondiale.  

  18. René Lourau, Autodissolution des avant-gardes, Paris, Galilée, 1981  

  19. Choriste dans Bérurier Noir, puis chanteur du groupe Les Négresses Vertes. 

Échelles de luttes dans les fanzines anarchopunks Le mouvement punk