Fragments contre-culturels

Fragments contre-culturels
Autour du livre Grenoble Calling

Entre 2018 et 2020, Nicolas Bonanni et Margaux Capelier se sont livrés à l’exercice d’interviewer une soixantaine de personnes ayant participé (ou participant toujours) au mouvement punk à Grenoble. De ce travail de collecte est sorti en 2021 le livre Grenoble Calling. Une histoire orale du punk dans une ville de province 1980-2020 (éditions Le monde à l’envers), qui fait la part belle aux expériences collectives, squats et expérimentations politiques, sous forme d’un montage d’extraits d’entretiens, illustré de nombreuses archives et accompagné d’un cd. Dans cet article, l’un des auteurs revient sur quelques aspects de la rédaction et de la réception de ce livre.*

Il était une fois

Fin des années 2000, début des années 2010. C’est là que j’ai perdu trois points d’audition. Mais je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. À l’époque, ce qui m’intéressait c’était d’être au premier rang, de danser en fermant les yeux devant ces super groupes, d’être au contact des amplis qui vibrent, de sentir la musique me faire vibrer (physiquement), et de faire partie de ce truc intense qui se passait.

Bien sûr, ça ne voulait pas seulement dire être au premier rang. Ça voulait dire organiser des concerts (contacter des groupes, trouver des lieux, réfléchir au prix d’entrée, accueillir les gens, et puis nettoyer, faire les comptes… et recommencer), ça voulait dire faire un fanzine collectif, ça voulait dire aider des groupes à sortir des disques, ça voulait dire participer à la gestion d’un lieu dédié au cinéma et aux concerts, ça voulait dire commencer un groupe sans avoir jamais touché un instrument, ça voulait dire être à 100 % en fait.

Le punk, particulièrement le punk DIY anarchiste, celui qui tente d’incarner les idées dans des pratiques, est hyper adapté pour les gens qui veulent s’impliquer à 100 %. Ça peut nous saisir dans tous les aspects de l’existence. Et sans doute que c’est ça qu’on vient y chercher et dont on a du mal à décrocher. Ça enrichit, ça nourrit, peut-être que ça enferme un peu mais en tout cas ça vient éclairer les pratiques avec quelque chose qui les transcende, qui laisse espérer une forme de dépassement des pratiques quotidiennes. Les tarifs, les modes d’organisation, qui on invite et qui on n’invite pas, à quelle lutte donner le bénef du concert, quelles ambiances privilégier dans la salle (pogo or not pogo ?)… mais aussi le reste de la vie, le travail, les relations amoureuses, etc. Le punk anarchiste propose d’articuler politique et culture, utopie et pratiques concrètes, et ça, bordel, c’est super riche1.

Voilà les trucs que j’avais en tête pendant que mes oreilles étaient en train de prendre cher. On construisait une alternative dans les marges de la société, on était nombreux et c’était passionnant. Ça se passait dans une grande ville de province (Grenoble, pour ne pas la citer), où on avait la chance de bénéficier d’un réseau, ou plutôt d’un entrelacement de réseaux. Des associations, des lieux, des personnes qui étaient en totale sympathie avec ce qu’on faisait. C’était (relativement) simple de trouver une sono, ça ne faisait pas peur aux groupes de jouer dans des squats, et on ne faisait pas fuir les gens en disant qu’on était « anticapitalistes » (ils se contentaient de nous trouver horriblement politiquement corrects, mais ça marchait). Les pratiques et les discours qu’on développaient rencontraient un terreau favorable. Et ça c’est cool !

Un terreau, ça n’est pas un don de Dieu. Ça ne tombe pas du ciel. Ça se construit, ça se fabrique, petites touches par petites touches, année après année. Pour le dire autrement, il y avait eu dans les années qui nous avaient précédés tout un tas d’histoires et de parcours similaires aux nôtres. D’autres gens avaient ouvert des squats, monté des groupes, animé des collectifs, tenté de faire coïncider grands principes et pratiques quotidiennes. Il y avait eu plein de trucs… Plein de trucs qui n’existaient plus (même si les gens étaient encore là), et ça m’intriguait à fond.

Par exemple, Gérard. Il bossait à la Poste. Je l’ai rencontré pendant une mission d’intérim de quelques semaines. Gérard, qui m’a raconté à la pause-café les années 1980 et le « squat des Hell’s Angels derrière la gare », une évidence pour lui. Je ne sais pas si vous êtes déjà allé.e.s derrière la gare de Grenoble, mais vu d’aujourd’hui, un « squat de Hell’s Angels » là bas, ça paraît lunaire, comme si on vous parlait de la « station de métro d’Aubenas » ou du « tatouage ACAB de Gérald Darmanin ». Bref. Mais aussi Hilda, qui avait organisé des concerts des Burning Heads et toute la scène noise DIY dans les années 1990. Qui allait à ces concerts ? C’était où ? Pourquoi personne ne s’en souvenait ? Ou bien ces affiches « Brise-Glace, Mandrak, Tapavu : non à l’expulsion ! » qui restaient visibles ici et là, et qui avaient survécu à ce lieu devenu mythique que je n’avais pas connu : le Tapavu, situé (mais où exactement ?) dans la vaste friche industrielle Bouchayer-Viallet… Oui, il y avait une histoire qui nous avait précédés, une histoire de lieux mais aussi plein d’histoires humaines, des histoires d’imaginaires, de culture, de musique, des réflexions collectives, et ça me chatouillait sévère d’en savoir plus. Mais le temps que j’aie l’idée d’interviewer Gérard, il ne bossait plus à la Poste. Alors j’ai remisé le projet dans un carton. J’avais d’autres casseroles sur le feu, faut dire, et j’étais bien occupé à perdre mes points d’audition.

Passage à la pratique

Quand j’ai rencontré Margaux quelques années plus tard, je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de s’y remettre. Elle organisait des concerts, elle s’occupait d’un lieu, elle participait à un agenda des concerts collectifs, elle était bien coolos, alors on en a discuté et on s’est lancé·es dans ce projet, qui deviendrait trois ans plus tard Grenoble Calling : collecter des histoires issues de la scène punk grenobloise, dans le but de produire un portrait de cet univers.

Et pour quoi faire ? Eh bien, dans l’idée c’était aller chercher des histoires du passé pour nourrir le présent et le futur. Pas pour les archiver bien gentiment dans un gros livre, non. Plutôt pour les faire circuler, pour que les préoccupations d’hier rencontrent celles d’aujourd’hui, pour que les expériences ensemencent le futur. On vit dans un monde étriqué, cerné par les pubs Mac Do et les menaces de Troisième Guerre Mondiale, épiés par des caméras et des algorithmes, un monde qui en plus a le cynisme de se revendiquer vertueux, d’intégrer aux modes de vie de la jeunesse occidentale les propositions issues des contre-cultures rebelles. Un monde toujours aussi inégalitaire et immoral, mais repeint en vert, où on peut manger des tacos végans et choisir son identité de genre. Cool. Le capitalisme du XXIe siècle pille sans vergogne les expériences, les concepts et les revendications qui ont bouillonné dans ses marges pendant tant d’années… à condition que ça puisse créer des marchés et des marchandises. Franchement, quand on croit sincèrement aux idéaux égalitaires et libertaires, cette récupération ++ a de quoi foutre les boules. Alors, quoi de mieux à faire que d’aller voir les gens qui agissaient dans ces marges, ces gens qui écrivaient des brochures pro-végan dans les années 1980, ces gens qui se battaient pour la place des femmes dans un monde d’hommes bien longtemps avant que ça arrive dans le programme de Macron, pour écouter ce qu’ils et elles ont à dire de leurs actions, de leurs motivations ? Quoi de mieux à faire, aussi, pour permettre aux personnes qui s’investissent ici et maintenant dans la contre-culture punk de se nourrir des réussites et des échecs de ceux qui sont passés avant ? C’est pour ça qu’on s’est lancé·es là-dedans.

Comment a-t-on fait ? Bon, déjà il faut dire qu’on a tâché de rester fidèle à notre sujet. Pour collecter ces histoires on ne s’est pas dit qu’on allait s’inscrire à la fac et chercher des financements de sujet de thèse. On n’a pas non plus demandé de subvention. On a plutôt pris nos carnets d’adresses pour appeler des gens qu’on connaissait et pour leur proposer de boire un café ensemble pour qu’ils et elles nous racontent des histoires et nous donnent des contacts. Précisons qu’on ne se rendait pas bien compte de l’ampleur du projet. On ne savait pas dans quoi on s’embarquait. On pensait naïvement préparer un fanzine, ou un petit livre. En tout cas pas le monstre de 300 pages + un cd que c’est devenu. On s’est lancé·es.

On a commencé par un échec, c’est-à-dire qu’on a filé rendez-vous en terrasse à un copain très actif dans l’organisation de concerts depuis une dizaine d’années. On lui a posé des questions, comme il n’était pas très à l’aise de témoigner devant un micro on a noté trois trucs et demi sur un bout de papier, des pistes, des contacts. OK. Donc, un conseil si vous vous lancez dans un projet comme ça : enregistreur obligatoire, sinon c’est impossible d’en sortir des choses intéressantes. Il faut tout enregistrer et tout retranscrire. Ça occupe les longues soirées d’hiver, mais surtout ça permet d’exploiter les paroles anodines qui ont été dites. Sinon tout s’envole, comme s’est envolé ce premier entretien (coucou Thomas, et merci !).

On est reparti·es. On est allé voir chez elles deux personnes qui avaient été très actives dans les années 1980 et 1990. Le grand jeu auquel beaucoup de nos interviewé·es ont joué tout au long des interviews (c’était que le début), ça a été de nous dire : « Oh, moi je n’ai pas grand-chose à vous raconter… mais je peux vous donner le contact de Machin. » Donc on a pris les contacts de Machin, mais on a aussi religieusement écouté leurs paroles (et enregistré, on avait compris la leçon). On a commencé à nous faire une petite idée, les groupes « phares », les lieux, l’ambiance… On est reparti·es de ces contacts pour aller voir d’autres personnes (« Oh, moi je n’ai pas grand-chose à vous raconter… »). De fil en aiguille, on a rencontré soixante personnes. Des personnes pour qui le punk est rattaché à une période lointaine de leurs vies, d’autres pour qui c’est très actuel. Des personnes qui racontent bien, d’autres… Des personnes qui connaissaient tout le monde, d’autres qui étaient périphériques dans cet univers. On a essuyé des refus, rares et souvent justifiés, mais lors des échanges on a toujours été bien reçu·es. Peu de méfiance, en réalité. C’est plutôt nous qui étions méfiant·es… envers nous-mêmes. Franchement, on en a pris conscience progressivement, mais quelle responsabilité c’est, de recueillir tous ces témoignages pour les agréger et les rendre publics ! Est-ce qu’on n’allait pas trahir les paroles, les intentions ? Et la responsabilité de choisir qui on allait voir et qui on n’allait pas voir, quelles questions on posait ou non… Ouh lala, ça nous a donné à réfléchir, d’autant qu’on n’avait pas de réelle méthode, qu’elle soit sociologique ou journalistique. Juste une envie de faire les choses correctement. Que dire, au final ? Qu’on a essayé de faire un travail honnête, de ne pas trahir la confiance qu’on nous avait accordée, tout simplement. À posteriori, on pense s’en être pas trop mal sorti·es !

Pour rester fidèles aux propos récoltés, et en même temps pour produire un récit vivant qui donne envie d’être lu, on a opté pour une forme de restitution en mode « copié-collé » d’extraits d’entretiens. Pour le dire autrement, nous n’avons à aucun moment pris la parole dans le bouquin : celui-ci est intégralement constitué d’un montage de paroles des différents interviewés, donnant l’impression d’un dialogue – alors qu’en fait, sauf rares exceptions, les personnes n’ont pas parlé ensemble, c’est nous qui, par nos choix de montage, avons créé ces dialogues. Le bouquin est structuré en quatre parties chronologiques et 62 chapitres. Dans chacun d’entre eux, entre deux et huit personnes « discutent » ensemble, et il y a aussi quelques chapitres où on a donné la parole à des personnes seules. Super idée, qui bien sûr ne vient pas de nous, on l’a chipée dans divers bouquins pour la plupart consacrés à des scènes musicales2. Ça nous a amené·es à opérer des regroupements et à créer des conversations imaginaires. Toujours de façon logique : on fait dialoguer les gens sur les choses dont ils et elles parlent réellement. On n’a pas fait s’entrechoquer deux personnes qui parleraient de deux sujets, endroits ou projets différents (sauf un peu dans le dernier chapitre). On a tâché d’être très fidèles à ce que les gens nous avaient dit et de restituer les points de vues des différents acteurs.

Cette forme, elle est bien, et je pense qu’on a bien fait de la choisir. Mais tout de même, vu que cet article est l’occasion de s’interroger, une approche chronologique attachée à la parole des acteurs, sans commentaire de notre part, a peut-être un travers : parfois un manque de distance critique, de jugement, de regard extérieur. Le lecteur, pour se faire son avis, doit se fier à ce que racontent la ou les personnes, et il est compliqué pour les auteurs de donner un éclairage sur le contexte si personne ne nous a formulé clairement ce contexte. Rares ont été les interviewé·es à nous parler du contexte politique, social, économique. Et ce manque est dû à notre méthodologie, qui a consisté à privilégier dans nos questions le « comment » par rapport au « pourquoi ». On a récolté des trajectoires de vie, des histoires singulières, qu’on a à posteriori fait s’entrechoquer pour restituer l’importance du collectif. Le résultat aurait sans doute été bien différent si on avait œuvré comme Sébastien Escande, qui a travaillé en même temps que nous à un projet similaire sur la scène do it yourself de Lyon3, mais où les choix éditoriaux sont différents : plusieurs textes collectifs, des interviews, des photos… bref une plus grande hétérogénéité de formes, pour tâcher de saisir au mieux la diversité des parcours et des collectifs. La comparaison des deux livres est intéressante. Je me demande sincèrement quelle est la meilleure façon de faire émerger les réflexions et les retours critiques sur les pratiques collectives, les façons de tirer des bilans d’expériences passées. Parce que, tout de même, c’est de ça que nous avons besoin : pas seulement de livres qui racontent les « belles histoires » du passé, qui nous rappellent des souvenirs, mais aussi d’outils qui permettent de mettre sur le tapis les points d’échec, de blocage, avec des prismes politiques. Ça, c’est quelque chose qui n’est pas évident à faire. Nous avons été confronté·es à plusieurs situations où des personnes nous confiaient des situations très conflictuelles vécues dix ou vingt ans avant. Comment traiter ça ? Les plaies ont déjà été refermées tant bien que mal, les personnes se sont éloignées… Est-ce que le livre qu’on prépare justifie de rouvrir ces plaies, de les remplir de sel ? La forme choisie pour notre livre (des dialogues purs, sans intervention extérieure) n’est pas très propice à un débriefing apaisé : il y a la parole des un·es vs la parole des autres… Alors sur ce point-là on ne sait pas si on a été les meilleur·es. On a essayé de faire au mieux.

Et après…

En 2020, le confinement nous tombe dessus alors qu’on est en train de finir les interviews. On déroge à nos principes (privilégier les entretiens de visu, dans un appart’ ou un bar), on fait quelques entretiens en visio histoire de finir et on travaille à boucler le bouquin. On le fait relire à plusieurs personnes, très extérieures ou au contraire très impliquées, qui nous donnent de bons conseils d’amélioration (sans elles, le résultat aurait été nettement moins bien, voire parfois très foireux). Puis on le confie à Richard, notre ami graphiste, qui fait un travail de mise en forme très impressionnant, qui laisse lecteurs et lectrices libres de se focaliser sur une personne ou de plonger dans un grand récit collectif – un truc assez cohérent au vu de nos problématiques ! Bref, ça se finit et le bouquin sort en librairies au printemps 2021.

Printemps 2021, vous vous souvenez ? La suite des confinements, les lieux publics fermés. Pas de bars, pas de concerts… Wow, super ambiance pour sortir un bouquin sur un mouvement politico-musical et susciter des discussions. Mais comme on est maintenant en 2023, on a un peu de recul pour traiter de ça. Voilà ce qu’on peut dire. Beaucoup d’interviewé·es ont été très touché·es et nous ont remercié d’avoir fait ce travail. Certain·es interviewé·es ne nous ont pas fait de retours… on imagine que ça brasse des souvenirs difficiles… mais c’est peut-être aussi qu’ils et elles n’étaient pas satisfait.e.s du résultat et n’ont pas voulu nous vexer, va savoir ! On a eu beaucoup d’échos de personnes qui étaient contentes, touchées, de voir ces vieilles histoires ramassées dans un bouquin. D’autres échos – critiques – selon lesquels notre regard subjectif ne nous avait pas permis de raconter la « vraie » histoire, au moins celle dont certaines personnes se souviennent. Profitons-en pour répondre à cette remarque : forcément, le livre est orienté par notre regard, puisque c’est nous qu’on a fait le bouquin, eh ! Mais est-ce que c’est grave ? Et est-ce qu’on peut faire autrement ? Et ne pourrait-on pas faire confiance aux lecteurs et lectrices pour avoir conscience de ce « détail » ? C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a signé le livre avec nos noms : pour assumer que c’est notre regard. Et, pour finir, on a également reçu plein de retours de gens qui ne connaissaient pas ce mouvement, pas ces milieux, voire pas cette ville ou cette musique, et qui se sont régalé·es à lire ces aventures, ces anecdotes, ces parcours de vies et ces réflexions sur les pratiques collectives. Objectif transmission !

Quant aux discussions suscitées par la réception du livre par le milieu punk radical grenoblois actuel, elles ne sont guère arrivées à nos oreilles, malgré une rencontre au 102 qui a permis d’échanger un peu. Il faut dire que, pour ma part, je me suis éloigné de l’univers contre-culturel depuis quelques années. Je suis de moins en moins convaincu du principe de base de l’anarcho-punk, principe qui m’a pourtant énormément porté pendant quinze ans : incarner dans des formes culturelles spécifiques l’idéal politique anarchiste. Aujourd’hui, j’analyse deux mouvements contradictoires dans l’anarchisme : l’un de repli sur des formes culturelles (badges, patchs, drapeaux, musique, A cerclé…), et l’autre de circulation et de rencontres autour de formes politiques, de pratiques de luttes (Zads, Gilets jaunes, luttes étudiantes…).

J’ai le sentiment que, même si la liaison avec le punk, la musique et la contre-culture ont amené énormément de choses à l’anarchisme (et m’ont, moi, amené à l’anarchisme), celui-ci serait aujourd’hui gagnant à se lier non à des formes culturelles, nécessairement identitaires, mais à des pratiques de luttes partageables, réappropriables. Ainsi, depuis plusieurs années, je m’éloigne de l’anarcho-punk et de l’hypothèse contre-culturelle4 pour privilégier un travail plus directement ancré dans les luttes sociales et les idées politiques. Et je regarde le punk anarchiste d’un peu loin, avec des lunettes déformantes qui me le montrent engoncé dans ses certitudes, ses pratiques et ses réseaux affinitaires (c’est vrai surtout les jours où je suis fatigué). Cette trajectoire personnelle, avec les relations ou absences de relations qu’elle implique, les amitiés ou inimités qu’elle produit, n’a sans doute pas aidé à la réception du livre. Je précise ici que ma co-autrice est, elle, plus impliquée (et enthousiaste) dans ces réseaux !

Je ne suis pas sûr à 100 % de faire encore partie de cet univers contre-culturel riche et bruyant. Enfin, ça dépend des jours. Par contre je trouve important de partager ce que nous avons vécu, d’en livrer des éclats. Et, au fait, à propos de bruit et de partage, une dernière chose : achetez-vous des bouchons d’oreilles moulés, ça ne vexera pas les amplis qui vibrent et ça vous fera gagner quelques points d’audition dans quelques années. Up the punks !

Nicolas Bonanni

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  1. Lire Alex Ratcharge, « Sur les pratiques du punk radical », Audimat n°19, 2023. 

  2. Par exemple Legs McNeil et Gillian McCain, Please Kill Me. L’histoire non censurée du punk américain par ses acteurs, Allia, 2006 ; Jürgen Teipel, Dilapide ta jeunesse. Un roman-documentaire sur le punk et la new-wave allemands, Allia, 2010 ; Legs McNeil et Jennifer Osborne, The Other Hollywood. L’histoire du porno américain par ceux qui l’ont fait, Allia, 2011 ; Vivre vite de l’autre côté du mur. Punks et anarchistes en ex-Allemagne de l’Est, Mutines séditions, 2012 ; NOFX et Jeff Alulis, Baignoires, hépatites et autres histoires, Et mon cul c’est du tofu ?, 2018. Signalons depuis la parution du livre de Nathan Golshem Et s’ouvre enfin la maison close. L’histoire orale d’un squat au tournant du siècle, Demain les flammes, 2022, une histoire orale du squat toulousain Le Clandé. 

  3. À l’arrache. Portraits & récits de la scène musicale underground de Lyon, 1980 - 2020, Barbapop, 2021. 

  4. Lire Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte consommée. Le mythe de la contre-culture, L’Echappée, 2020 (même si je ne partage pas tous les points de vue des auteurs !). 

Le mouvement punk Quatre d’entre elles